samedi 10 juillet 2010


La première photo



C’est dans la chambre de C., le matin vers onze heures, c’est l’hiver, janvier je pense, on est en 2008. Nous sommes déjà réveillées depuis un moment, mais nous avons traîné au lit ; j’ouvre les volets, ses épaules nues sont découvertes dans la lumière du soleil d’hiver. Je lui demande si je peux la photographier, assise dans le lit, elle accepte à condition de cacher son corps derrière le draps. Cet appareil est nouveau, j’essaie deux temps de pause, et une superposition.

Tout cela est plus ou moins exact, il me reste de ce moment trois photographies, qui me tiennent lieu de mémoire, c’est à partir d’elles que je reconstitue le récit de leur prise.
Je ne la trouve pas belle sur ces photographies, et pourtant je me rappelle que j’ai eu envie des les prendre parce qu’elle était belle dans la lumière ; cela tient peut-être au fait qu’elle a toujours été réticente quand je la prenais en photo – je ne crois pas avoir une seule photographie dans cette série où elle sourit... j’en ai en numérique, mais c’est un autre rapport – , cela en dit peut-être finalement beaucoup sur notre relation, sur le regard qu’elle portait sur moi et ce que j’aimais, ce que je produisais... c’est une manière dont je peux désormais regarder ces photographies ; comme Araki voyant dans les images de son Voyage sentimental une prémonition de la mort, je peux discerner aujourd’hui en regardant ces images ce que je refusais alors de voir, mais que je capturai tout de même, en tentant de saisir autre chose, un fantasme, un fantôme. Bref, j’aime ces photographies, même si C. n’y est pas belle, elles m’ont échappées, voilà tout.


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