mardi 20 juillet 2010


Jésus crucifié



Il y a ce crucifix, cloué sur une tombe anonyme, une tombe recouverte de mousse. Lui seul est intact, la mousse ne l'a pas touché, faut-il y voir un miracle ? Derrière des ombres plus nettes, découpées, des ombres d'été ; lui n'est qu'une forme, il donne même une impression de négatif, nu sur sa mousse. Je ne sais pas ce que peut évoquer cette photographie pour d'autres, le rapport au crucifix est tout personnel. Ce qu'est cette photographie pour moi, c'est autre chose, tout aussi sacré, et que personne ne saurait y lire (sauf la personne concernée peut-être). Il y a toute une journée ici, une journée avec une personne que je ne photographie pas, malgré le désir que je peux en avoir, parce que je sais que la photographie est violente, et que je ne veux pas l'être, parce que parfois l'appareil peut se mettre entre deux personnes, et devenir un tiers encombrant. Une photographie ne renferme pas que ce qu'elle imprime, elle renferme un contexte, qui peut rester secret, mais qu'elle nous remémore aussi bien que s'il était présent, peut-être même mieux... car il ne s'est pas laissé enfermer. Quand je vois cette photo, je vois la sortie du métro à Buzenval, le jardin, le Père Lachaise, les pavés et mes chaussures à talons, la sonnerie non entendue, l'épuisement, le verre à l'Abribus et surtout le reste.

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